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Poèmes récompensés - Grand Prix des Lettres 2025

D’INCROYABLES HUMAINS

Dans le monde, il y a d'incroyables humains
Qui se fixent un but et font tout pour l'atteindre.
Ce rêve en leur esprit ne peut jamais s’éteindre
Car il brûle sans cesse, éclairant leur destin.

Certains veulent sauver un château centenaire,
Géant abandonné qui meurt au fil des ans.
Pour cela, jour et nuit, ardemment, vaillamment,
Ils pansent avec soin jusqu'à sa moindre pierre.

D'autres, remplis d'espoir, partent pour découvrir
Les fonds marins perdus, les terres isolées
Où nul n'a jusqu'ici oser s'aventurer
Car il est incertain qu'on puisse en revenir.

Je pense à ces esprits de rare intelligence
Qui aiment à chercher durant toute une vie
Le moyen de guérir nos graves maladies,
En négligeant parfois leurs propres existences.

Certains ont en leur âme un immense dessein
Qui les pousse à défier les lois de la nature.
Ainsi celui qui crée un peuple de sculptures
Avec ses seules mains, au fond de son jardin,

Et ces romanciers fous inventant des empires
Tellement fascinants qu'on les croirait réels !
Petits et grands frémissent à la moindre nouvelle
Du tome nouveau-né qui va enfin sortir…

De la vie des fourmis à celle des sorciers,
Les créateurs instaurent en notre imaginaire
Le miroir ébloui de leurs secrets bréviaires,
Un royaume de songe où l'on peut s'oublier.

Ainsi sur notre terre, en tous temps, en tous lieux,
Vivent auprès de nous des êtres singuliers
Dont le courage extrême et dont la volonté
Sont pour nous un exemple infiniment précieux.

Ils attisent le feu nourrissant nos projets,
En nous donnant la force de nous surpasser,
Ils sont comme un flambeau dont la vive clarté
Éclaire nos chemins pour les réaliser.

 

Frédérique RAMOS 

Grand Prix Des Lettres & Prix Roger Pinoteau 2025

ÉTOILES DE LA PROVIDENCE

 

Des pétales pailletés d'or

     s’épanouissent dans l'astral décor             

Les fruits de la tentation

irradient l’esquisse passion

par l'éclat de leur essence

et se démultiplient

dans l'espace infini

Quintessence

           

Toutes les croix noires s'estompent

            Les peurs s'évanouissent

            Plus d'ombre qui s'immisce

 dans les choix où l'âme se trompe

Plus d'éclairs d'errance

Fin de la turbulence

 

De vertes fluorescences

 jaillissent dans le ciel

en lettres étincelles

Espérance

 

Teinté de rouge incendiaire

un halo de lumière

intensifie tous les sens

Effervescence

 

L'esprit animé de clairvoyance

explore l'univers stellaire

débride l'imaginaire

sous les projecteurs zélés

de la Providence

Le destin dessine

 une courbe ascendante opaline

de rêves étoilés

 

Josyane MORAL

Nominée au GPDL 2025-2026

Lou-Lou

Lou–Lou cherchait dans ce dressing immense. Mais où Ava avait-elle pu ranger ce manteau ? Deux fois qu’elle passait les cintres les uns après les autres et ouvrait toutes les boites qu’elle trouvait. Ces boites de luxe lui révélaient des trésors. Des bottes de toutes les sortes lui apparaissaient : certaines en cuir rouge, d’autres en daim, des hautes, des courtes. Des perruques magnifiques, fabriquées à partir de vrais cheveux, invitaient toute femme normale à se transformer en créature de rêve, chaque soir renouvelée. Des foulards de luxe, Hermès évidemment, des gants, de la lingerie ornée de dentelles d’une finesse insolente! Sans oublier les robes de grands couturiers, portées une fois et parfois mêmes intactes, encore neuves. Cette vieille sorcière d’Ava avait vraiment une garde-robe à faire pâlir toutes les princesses du monde, se disait Lou-Lou. Quelle élégance !

Toutes ces splendeurs désordonnées s’étalaient à présent sur la moquette moelleuse de la suite du Palace Impérial. Lassée de chercher sans succès depuis une demi-heure, Lou-Lou ôta ses chaussures et sentit ses orteils s’enfoncer avec délice dans les fibres tendres et douces des tapis du grand hôtel genevois. Elle se laissa tomber mollement sur le couvre-lit de taffetas bleu et s’abandonna avec paresse. Chaque mouvement de son corps sur le tissu produisait un léger bruit de froissé glissant qui la ravissait. Elle se sentait d’humeur rêveuse et mélancolique soudain, prête à se laisser emporter par une longue sieste paisible. Le taxi allait arriver sous peu, elle le savait, mais à présent elle ne pouvait plus bouger. Elle venait de s’agiter en vain et maintenant elle était épuisée. Les membres engourdis, elle ferma les yeux et telle une vague déferlante, une foule de souvenirs la submergea. Elle revit des scènes de leur été en Grèce, dans la belle maison blanche de l’île de Paros.

Ava était rayonnante alors et les jours passaient, joyeusement rythmés par les nombreuses visites des amis de la star. Musiciens, acteurs, metteurs en scène, poètes…beaucoup d’hommes, peu de femmes. Les seules rivales féminines admises pour de longs séjours à la villa étaient Julie, la nièce d’Ava, Mérédith, la cuisinière et elle, Louise, son infirmière. Elle, l’infirmière passionnée qui avait accepté de jouer la comédie des soins quotidiens. Elle qui avait signé ce contrat bien étrange : soigner une bien-portante. Elle avait dédié sa vie à cette star, hypocondriaque notoire, qui ne pouvait vivre sans une infirmière à domicile. Et son bail n’était pas limité dans le temps! Lou-Lou avait signé un contrat qui la liait à Ava jusqu’à la fin de leurs vies. Elle avait accepté de mentir et ceci pour des années.

Cette décision lui avait apporté un bien-être matériel évident car elle n’avait plus jamais eu à se soucier de problèmes d’argent mais aussi des tourments moraux. Parfois les remords l’assaillaient et elle se reprochait d’avoir délaissé les vrais malades, de vivre dans le mensonge, d’aimer plus que tout l’argent de cette femme invivable et divine…Pas toujours simple.Mais Lou-Lou admirait et enviait depuis toujours le luxe qui entourait Ava. Elle en avait raffolé dès le premier jour. Les maisons extraordinaires, les tissus précieux, les voitures avec chauffeur et la perfection du moindre objet qui les entourait. C’est au contact du plus grand luxe qu’elle respirait le mieux…le sublime lui dilatait les bronches. Pour certains, ce sont les lieux et les sensations de l’enfance qui produisent cet effet. Pour Lou-Lou, c’était la délicatesse d’un parfum Chanel, les mets raffinés d’un dîner au Ritz ou la magnificence d’une parure de chez Cartier. Ainsi, par procuration et au contact d’une richissime capricieuse, Lou-Lou avait eu accès à ce monde superficiel et décadent qu’elle désirait plus que tout. Tuuuuuuuuuut !!! Un coup de klaxon tonitruant la fit alors sursauter. Mon dieu oui! Il lui fallait ce manteau! « -Louise ! Louise ! cria Ava en bas de l’escalier. As-tu trouvé mon manteau ? » Lou-Lou sauta du lit et rangea à la hâte les vêtements éparpillés dans les boites. Elle mélangea surement quelques foulards puis songea tout-à-coup à la salle de bains. Le manteau devait être là…

Mais oui ! Elle n’avait pas dû le ranger hier soir après l’opéra. Entrant en trombe dans la pièce rutilante, elle s’immobilisa. Il était là, posé sur le rebord de l’immense baignoire en marbre blanc, brillant d’un noir profond. Fascinée, la blonde infirmière souleva délicatement le manteau et le déposa avec un frisson sur ses épaules dénudées. Son reflet dans le miroir lui donna le vertige. Dieu qu’elle se trouvait belle ainsi parée! Elle dégagea ses longs cheveux qu’elle laissa retomber sur le col droit du manteau. Ils semblaient flamboyer et le résultat était époustouflant. « - Louise, enfin ! cria Ava impatientée. Le taxi est là ! - Oui, oui, j’arrive Ava, je l’ai trouvé, je suis là ! ».

Coupant court à ses rêveries, Lou-Lou sortit de la suite luxueuse et se dirigea vers l’escalier monumental du hall principal de l’hôtel. Apercevant Ava en bas de l’escalier, elle montra le manteau d’un air triomphant et toutes deux s’engouffrèrent dans le taxi. Direction : le casino de Genève, pour une soirée de gala, une rétrospective de la carrière fabuleuse d’Ava. Lou-Lou sentait le stress monter en elle. Plus la limousine s’approchait du Casino, plus la foule était dense. Les admirateurs de la star hurlaient au passage de la voiture aux vitres teintées. Un sourire étrange illuminait le visage d’Ava. Elle semblait absente et totalement sereine quelques minutes avant cette soirée si particulière. Pour se calmer un peu, Louise laissa aller ses doigts dans la fourrure d’exception qui se trouvait sur leurs genoux. Quiconque a déjà caressé une vraie fourrure sait quelle volupté on en ressent. Soupirant d’aise au contact des poils soyeux, Lou-Lou sentit les battements de son cœur ralentir et d’autres souvenirs remontèrent en elle. Elle revit des images d’Ava dans cet atelier de fourreurs de Milan. Sublimement peste, la star avait finalement refusé d’emporter la capeline de renard blanc (une splendeur) qu’on lui avait spécialement confectionné. La renommée d’Ava était telle alors que la jeune femme à la beauté indécente se permettait tout. Quelle vie exceptionnelle ! se disait Louise. Et quelle apothéose ce soir! Amusée et attendrie, elle lança un regard vers la gauche et surprit Ava le visage anxieux et les sourcils froncés. Sentant le regard de Lou-Lou peser sur elle, Ava se figea et son visage redevint imperturbable. Mais Louise avait saisi : son amie était aussi nerveuse qu’elle pouvait l’être elle-même. Comment pouvait-il en être autrement ?Lentement la limousine ralentit puis s’immobilisa devant le tapis de velours rouge qui conduisait à l’entrée du casino. Dehors les flashs crépitaient et on entendait le nom d’Ava prononcé de toutes parts. Est-ce que c’est elle ? demandaient les gens. Après six ans d’absence, tous l’attendaient, tous désiraient lui parler, l’approcher. Depuis l’annonce de sa présence à cette soirée, les journaux ne parlaient que de cela. Comment était-elle ? Arriverait-elle seule ? Quelle serait sa tenue ? Avait-elle changé de couleur de cheveux ? Les spéculations allaient encore bon train quand la porte de la limousine s’ouvrit tout-à- coup. Un silence retentit alors et la foule se figea, muette.

Après quelques secondes qui parurent une éternité, deux jambes fines apparurent et la star s’éleva avec souplesse hors du véhicule. La foule retenait son souffle. N’osant briser le silence, elle prit la pose et profita de ce moment de grâce. Telle une icône émue, la star s’offrait à ses admirateurs, disponible et humble. Elle leur avait tant manqué! Vêtue d’une robe de mousseline de soie rose, un diamant niché à la pointe du décolleté, elle était aérienne, perchée sur deux escarpins vernis. Un manteau noir scintillant venait rehausser son teint lumineux. Elle flamboyait. Soudain les journalistes sortirent de leur torpeur et une clameur s’éleva de la foule hypnotisée. Ava! Ava! On l’appelait, on l’applaudissait…les hommes sifflaient.

La magie opérait. Comme par le passé, sa seule présence électrisait n’importe qui. « -Madame Ava, Madame Ava, s’époumonaient les journalistes. Comment allez-vous après cette longue absence ? Que pensez-vous de cette soirée en votre honneur ? -Je suis ravie, dit-elle, c’est un vrai plaisir pour moi d’être ici ce soir. Merci, merci à vous ».Une fois les interviews accordées, Ava s’accrocha au bras de Louise, ce qui rassura quelque peu cette dernière. La présence de la presse l’avait toujours rendue nerveuse alors un tel soir…Elle parvint à garder une contenance malgré tous ces yeux braqués sur leurs deux silhouettes et une fois la barrière des photographes passée, les deux femmes se retrouvèrent à l’intérieur du casino.

Courbettes, baises-mains et coupes de champagne les attendaient. Après les avoir accueillies, le directeur du casino les emmena vers la salle de projection qui n’attendait plus qu’elles. Chaleureusement applaudies, Ava et Louise se dirigèrent vers les places qui leur étaient réservées au premier rang. A peine étaient-elles installées que la lumière s’éteignit. Le film retraçant la vie d’Ava commença : extraits de tournages, interviews, émissions télévisées, témoignages divers...La carrière et la vie d’Ava défilaient devant leurs yeux depuis une heure déjà lorsque Lou-Lou sentit la main d’Ava saisir la sienne et la serrer très fort. Tournant son visage vers celui de son amie, Louise sentit l’émotion la submerger. Les bras lourds d’Ava débordant de sa tenue pourtant ample, ses cheveux clairsemés, son visage éteint, tout son corps était malmené par le cancer, l’obésité et la chimiothérapie. La pauvre Ava était éreintée et complètement déformée.

Après lui avoir donné tant, la vie lui infligeait le pire. C’est alors que Lou-Lou avait eu cette idée folle. A son tour, elle avait proposé à Ava un défi insensé. Si la femme devait mourir, la star resterait intacte! Refusant l’acharnement médiatique dont son amie aurait été victime si la nouvelle s’était répandue, Lou-Lou avait décidé de devenir Ava. Chirurgie plastique, régime strict, cours de diction…En quelques mois, elle y était parvenue et la méprise était totale. Tout le monde la prenait pour Ava, tout le monde s’y trompait. Jusqu’à ce soir, jusqu’à cette soirée de gala, qu’elle venait d’offrir à son idole.

Dans l’obscurité de la salle de projection, deux cœurs de femmes vibraient et l’étoile déchue couvait du regard celle qui l’avait sauvée de la disgrâce.

 

Virginie PERRAULT

Prix Chabanne du Grand Prix Des Lettres 2025

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