Hommage à René Flament, Fondateur d’Arts Sciences Lettres

par Bruno Carrier

 

Rien sur Internet ! Tu es sûr ? Regarde un peu, tout de même… Quel lauréat n’a pas fait l’expérience inattendue de ce grand silence des modernités, alors qu’il cherchait à mieux connaître René Flament, fondateur de notre Académie. J’ai ressenti aussi l’obligation de ne pas en rester là. Sauf à continuer l’odyssée par un rapide hommage.  Mais à la Bibliothèque nationale, mauvaise surprise, pratiquement rien non plus. Comment un homme ayant créé autant de gloires peut-il tomber dans un tel oubli littéraire ? Rebondir ailleurs, explorer, débusquer d’autres archives peut-être. Soudain, une piste étroite, une préface poétique, des traces de présence. Audace de rabattre les premiers indices… Sous mes yeux l’amorce d’une lettre au papier bistre, aux couleurs de l’oubli.

René Flament n’est plus. Au 60 de la rue Chardon Lagache, dans le 16e arrondissement de Paris, il s’est éteint ce 14 mars 1970. Avec les pièces officielles, un papier à en-tête indique dans une élégante fonte d’imprimerie : « ARTS SCIENCES LETTRES, le Président ». Suit une lettre cordiale de René Flament. L’écriture est ferme et inclinée. Un homme d’action. Éducateur dévoué au rayonnement de la langue française, il a bien créé notre société académique et l’a présidée jusqu’à son dernier soupir !

Né dans les Ardennes à Sedan, un 28 février de l’année 1889, René est le fils de Félicien Joseph tailleur d’habits et de Marie Léonie couturière, son épouse. Ils vivent dans une petite rue de Sedan, cité soumise à l’opprobre de toute une nation : Sedan c’est la ville de la défaite en 1870, et la perte de l’Alsace-Lorraine. Quand la guerre éclate à nouveau, contre le voisin d’outre-Rhin, René Flament décide de créer le 12 novembre 1915 une « Association » au sens de la toute jeune « Loi de 1901 ». Il faut préparer l’après-guerre. On la nommera bientôt « Société Arts-Sciences-Lettres, Société académique d’Encouragement et d’Éducation ».

Notre fondateur est un grand fabricant de rêves. Plus de 300 conférences et découvertes sont organisées jusqu’au début des années 50, en France et en des pays comme la Belgique ou l’Egypte. René Flament déploie alors son action académique avec Arts Sciences Lettres mais aussi en tant que professeur, à l’association polytechnique et au cercle populaire d’enseignement laïque. Journaliste, poète et publiciste, il accomplit un vaste projet d’action culturelle : pas de haute culture sans une assise d’éducation populaire ouverte à l’encouragement de tous, au service du grand public de langue française.

Ce sacerdoce humaniste n’oublie pas l’invention. Ni la « Tech » comme nous dirions aujourd’hui.  Ainsi reçoit-il en 1950 les insignes de chevalier de la Légion d’Honneur des mains d’Edouard Belin, l’inventeur de la transmission d’images par téléphone et radio, si utile aux reporters-photographes des années 1930 et aux origines de la télévision. Il écrit alors : « Je continuerai, tant que j’aurai encore du souffle, la belle œuvre que j’ai commencée le 12 novembre 1915, parce que je sais qu’elle est utile au pays. ». Officier des Palmes académiques, René Flament regarde avec malice et bienveillance le panthéon extraordinaire des artistes, savants et lettrés l’ayant rejoint depuis la Grande guerre jusqu’à la seconde.   

  

Dans son discours du centenaire, Jacqueline Vermere, alors présidente, elle-même grande médaille d’ASL évoque son rôle fondateur (1). De René Flament à François Tois, notre président d’aujourd’hui, un grand siècle s’est bâti. Son magnifique projet de mémorial ASL, album virtuel et réel de nos archives académiques, permettra de ne plus oublier les créations de celles et de ceux qui se dévouent au sein d’Arts Sciences Lettres. À leur manière artiste, Les Messages d’ASL combattent la pandémie, et taguent sur la toile les futures archives du siècle. Non, chers adhérents, René Flament n’est pas mort, vos créations universelles sont un hommage à

son très discret génie !  

                                                                                                                           

(1) Rayonnement, n°56, décembre 2015 pp. 2-3.

Bruno Carrier

2 mai 2020

René Flament (1889 - 1970)