La pandémie et le douloureux retour à la condition humaine

par Fernand Girard

 

 

Parce qu’un ennemi commun à tous les continents, à tous les humains jeunes, vieux, riches, pauvres, s’est introduit dans notre vie quotidienne sous la forme d’un virus non pas vicieusement informatique mais banalement biologique, nous voilà stupéfaits, inquiets, questionnés. Nous voilà revenus à la simple condition humaine dans sa nudité dépouillée, une question de vie et de mort.

Au-delà du reportage des médias sur la maladie et ses effets, incessant, nécessaire mais pesant je souhaite partager entre nous, confinés, quelques éléments de ma réflexion. Cette réflexion peut nous aider à contrôler la charge anxyogène ambiante voire nous conduire à des révisions des modèles économiques, idéologiques ou comportementaux actuels.

La gestion des affaires de notre monde en ce début du XXI ème siècle résulte d’une évolution dont trois éléments que je cible ici représentent un éloignement de l’humanité de l’homme.

Et d’abord dans le dernier quart du siècle précédent comme une conséquence des conflits mondiaux si mortifères,  l’abandon de l’humanisme fruit du croisement de l’anthropologie chrétienne et de la philosophie des lumières. Dans «  les mots et les choses » le philosophe Michel Foucault écrit : « l’homme est une invention dont l’archéologie de notre pensée montre aisément la date récente et peut-être la fin prochaine ». De fait notre époque n’a cessé d’affirmer la primauté du construit sur le donné dont le refus de la nature humaine. Toutes sortes de théories, celles du genre par exemple, argumentant que tout n’est que construction de la société ou décision du libre arbitre individuel. Mais voilà devant cet orgueil prométhéen la nature imprime sa marque propre, développe sa vie propre comme autogérée.

Dans le sillage de cette primauté du construit sur le donné s’est affirmée la toute puissance de la technologie et de l’intelligence artificielle . Sont ainsi apparues les théories du transhumanisme qui ne se contentent pas de penser la réparation et le remplacement des organes défaillants du corps humain mais envisagent le choix de chaque être humain par sélection des éléments génétiques ou encore prédisent l’immortalité sur terre.  Là également revient la condition humaine réelle avec ce mélange d’inné et d’acquis, de nature et de culture, d’enracinement dans une « glaise » nourricière.

Enfin s’est imposé dans notre univers le primat de l’utilitarisme de l’économie de consommation , de la jouissance et de la rentabilité maximales immédiates. Tout pour les flux à forte rentabilité financière tout de suite et le moins possible dans le stock qui valorise les acquis et permet d’envisager l’avenir. … la cigale primée au détriment de la fourmi, nous étions avertis. La crise sanitaire ramène au premier plan ces éléments d’impréparation et d’imprévision et alimente un débat entre les Etats pour savoir ce qui doit prévaloir entre l’économie et la santé. Là également malgré les fanfaronnades de Donald Trump et de quelques autres la santé s’impose comme donnée première.

 

Ce tableau trop rapidement esquissé laisse apparaitre la nécéssité de fonder un nouvel humanisme pour notre avenir et celui de la civilisation. C’est l’homme qui est la finalité de notre univers,  l’homme dans toutes ses dimensions, animale, raisonnable, relationnelle, sociale , conscience pour discerner le bien et le mal. C’est l’homme entrepreneur , créateur pour satisfaire les besoins matériels et culturels, soucieux de la préservation du patrimoine, engagé dans l’échange avec les autres et le partage de la valeur ajoutée. C’est l’homme citoyen qui pense et organise le vivre ensemble du village planétaire.

 

Reste à faire que l’après pandémie annoncé comme différent de l’avant ne soit pas seulement un rattrapage , un raccommodage  mais un sursaut d’humanité.

 

Fernand Girard 

2 avril 2020